7.9.26
Magdebourg, ou l'église est à remettre au milieu du village
Les gens de médias français aiment jouer à se faire peur, à fabriquer du sensationnel, pour nous servir du sensationnel.
Ainsi, les résultats des élections saxe-inhaltiniennes n'étaient même pas encore connues qu'on donnait le gouvernement fédéral foutu, la RFA livrée au chaos et l'Europe au bord du gouffre.
Bon... qu'en est-il ?
La Saxe-Anhalt (2,3 millions d'habitants, 1,7 millions d'électeurs, 20 millions de km²) est un Etat partiellement souverain, avec une constitution, un parlement, un gouvernement, un drapeau et toutes les autres qualités qui font un Etat : un peuple, un territoire, une puissance publique.
Sa compétence est, selon la loi fondamentale allemande (constitution) universelle, sauf la douzaine de compétences qui sont celles de la Fédération et qui concernent le pays dans son ensemble ; sauf aussi celles qui sont dévolues aux communes (oui, oui, les communes ont des compétences propres selon la constitution fédérale allemande).
La Saxe-Anhalt, comme tout Etat fédéré, par son propre grouvernement, dont le siège est à Magdebourg, et son propre appareil administratif, exécute les lois, les siennes propres votées par son propre parlement ; elle exécute aussi celles de la fédération, qui n'a pas d'administration propre, comme si elles étaient ses lois propres.
C'est là qu'est le premier enjeu : La Saxe-Anhalt, à supposer que le gouvernement soit composé de membres de l'AfD, se dotera-t-elle de loi "extrémistes" et/ou exécutera-t-elle loyalement les lois fédérales, en concert avec les autres Etats fédérés, ou commencera-t-elle à tester les limites interprétatives des lois fédérales pour en faire aller l'exécution dans un sens conforme à ses doctrines ?
Par ailleurs, la Saxe-Anhalt est, comme tout Etat fédéré, membre de la Chambre Haute, le Bundesrat, organe législatif devant voter la plupart des lois fédérales. Sur les 69 voix qui le composent, elle dispose de 3 voix à comparer avec les 6 voix des Bade-Würtemberg, Bavière etc. Les voix sont exercées par le gouvernement de chacun des Etats fédérés. La majorité des scutins exigeant donc 35 voix, un gouvernement extrémiste de Saxe-Anhalt ne pourrait pas avoir une influence décisive sur les résultats des scrutins du Bundesrat. Il pourrait nonobstant, par des manoeuvres dilatoires, perturber le bon fonctionnement du Bundesrat.
Deuxième enjeu : La législation. Un gouvernement ou un parlement extrémiste pourraient être tentés de voter des lois propres conformes à sa doctrine. Mais ils ne le pourraient pas de manière illimitées car il y a des barrières ; d'une part, la constitution de Saxe-Anhalt de 1992, sur laquelle veille le Landesverfassunsgericht (tribunal constitutionnel d'Etat) à Dessau ; d'autre part, la constitution fédérale (Grundgesetz) s'applique pleinement, quoique subsidiairement, aux lois de l'Etat de Saxe-Anhalt et le tribunal constitutionnel fédéral (Bundesverfassunsgericht) à Karlsruhe, y veille ; enfin la cour européenne de Justice à Luxembourg a déjà eu à statuer sur la conformité aux traités de lois d'Etats fédérés.
Troisème enjeu : Il existe tout un système complexe de conventions inter-étatiques entre la Sax-Anhalt et d'autres Etats fédérés, facilitant, dans le cadre des compétences des Etats eb question, les échanges administratifs et autres. Si ces conventions sont résiliées, la Saxe-Anhalt va se retrouver bien seule, mais les autres Etats fédérés vont en pâtir aussi. Ainsi, il serait question de résilier la convention sur le programme de radiotélévison MDR, commun aux Etats fédérés de Saxe et de Thuringe, qui auraient alors du mal à entretenir le reste du MDR ; mais on voit mal la Saxe-Anhalt entretenir son propre programme de radiotélévision, vu sa faiblesse financière.
Quatrième enjeu : les relations internationales : Les Etats fédérés, et la Saxe-Anhalt aussi, entretiennent des relations internationales formalisées par des accords divers. Ansi, entre autres, le jumelage de l'Etat fédéré avec la Région Centre-Val de Loire, portant sur les thèmes des culture, éducation, échanges de Jeunesse et tourisme pourrait être remis en question, par l'une ou l'autre partie, d'ailleurs, et autres thèmes de coopération franco-allemande entre les deux Etats. Il en existe aussi avec la Pologne, Israël etc.
Il existe aussi une pluralité de coopérations entre des entités infra-étatiques de Saxe-Anhalt (universités, communes et autres) qui, financées en grande partie par l'Etat fédéré pourraient souffrir d'un chagement radical de politique à l'égard de l'étranger. Mais, là, c'est le peuple qui serait concerné en direct, il n'est pas sûr qu'il accepte des résiliations sans ruer dans les brancards.
Conclusion, avant de révolutionner la Saxe-Anhalt, il va d'abord falloir se ronger les ongles jusqu'aux coudes et ce n'est pas demain la veille qu'il s'y passera quoi que ce soit de sensationnel.
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